Librairie coiffard

Jarred McGinnis

Points

Conseillé par (Libraire)
11 juillet 2024

Conseillé par Stéphanie, Joséphine et rémy

Jarred vient de sortir vivant d'un terrible accident de voiture. Vivant mais paraplégique et rongé par le fait que sa passagère, Melissa, elle, n'a pas survécu.
Après quelques semaines d'hospitalisation, on lui fait savoir que son lit doit se libérer. Jarred n'a alors pas d'autre choix que de téléphoner à son père, ancien alcoolique, qu'il n'a plus revu depuis dix ans.
A travers des allers-retours entre passé et présent, le lecteur découvre l'enfance de Jarred, l'effondrement provoqué par le décès de sa mère, l'adolescence à la dérive, la colère et la culpabilité.
La relation entre ce père et ce fils nous touche parce qu'elle s'est construite sur des erreurs, des tâtonnements, des incompréhensions mais surtout sur un amour immense mais trop pudique.
Jarred est à la fois l'auteur et le protagoniste. Assis sur son fauteuil et ses deux roues, il nous livre sa vision du monde et des autres avec un humour décapant teinté à la fois d'une grande délicatesse et d'une rage sous-jacente. En refermant ce roman, il reste cet équilibre entre dérives et défaillances et bulles de joie, une humanité simple et réparatrice.

Conseillé par (Libraire)
11 juillet 2024

Conseillé par Manon T, Manon R, Rémy et Stéphanie

D'abord il y a une femme attaquée par un ours blanc qui bascule, blessée, dans les profondeurs d'une rivière. Elle semble étrangement calme. Elle repense aux mots japonais que son père lui murmurait quand elle était enfant. Elle s'attarde sur le pelage crème de son attaquant. Il ne devrait pas y avoir d'ours blanc dans cette région, son existence est censée appartenir à la légende.
Et puis nous voici en 1945, en Colombie Britannique, aux côtés de Jack et de ses chiens Buck et Astrée, clin d’œil évident à Jack London. Ce Jack là est creekwalker ; il arpente les rivières et compte les saumons. C'est un solitaire qui fuit la compagnie des hommes.
Enfin, le lecteur découvre Hannah. Nous sommes en 1956 et elle vit isolée dans une cabane : la maison des hautes terres. Elle aussi semble se tenir à l'écart des êtres humains. Or ce jour-là, un homme a frappé à sa porte. Et comme elle ne répondait pas, il a crié qu'il reviendrait et il a glissé une photo sous la porte. Hannah est à la fois terrifiée et étonnée. Sur cette photo, elle reconnaît Aika, sa mère, qui a quitté le Japon en 1926 pour épouser un japonais travaillant au Canada, elle était ce qu'on a appelé une "Pictures brides" (fiancée sur photo).
Aika est une Issei, elle appartient à la première génération d'émigrants japonais. Hannah est une Nisei, elle est issue de la deuxième génération, celle née dans son pays d'adoption.
Marie Charrel déroule une histoire captivante, mêlant l'histoire de ces Issei et Nissei à la montée de la xénophobie. Elle évoque aussi la population autochtone canadienne, elle mêle les légendes nippones aux légendes indiennes, tout en plongeant le lecteur dans la forêt et la nature sauvage de cet état le plus à l'ouest du Canada.
On s'attache très vite aux personnages et à leur histoire. Des extraits de presse relatant des attaques dans des fermes isolées ajoute une part de mystère au roman dont toutes les pièces du puzzle se complètent progressivement. Un coup de cœur sélectionné pour le Prix du roman Coiffard 2023.

Le Livre de poche

Conseillé par (Libraire)
11 juillet 2024

Conseillé par Marion, Stéphanie, Alexandra et Rémy

En Guyane, à Bois-Sec, Darwyne vit avec sa mère. Bois-Sec est un bidonville bâti au bord de l'Amazonie. Darwyne est un enfant solitaire, taiseux, handicapé par une corps tordu, il est malingre, son dos est bossu et ses pieds rentrent à l'intérieur.
Malheureux à l'école, c'est dans la forêt que Darwyne se sent bien. Une forêt qui semble mystérieusement plus touffue au bord de son carbet.
Ce jour-là, Darwyne voit d'un mauvais oeil un nouveau beau-père s'installer avec sa mère. C'est le numéro huit. Le numéro sept est parti du jour au lendemain. Darwyne regrette déjà le temps sans homme car sa mère est la chose la plus précieuse au monde même si elle n'est pas toujours tendre avec lui.
Et puis, il y a Mathurine. Mathurine travaille à la protection de l'enfance. Elle désire secrètement, violemment, de tout son être devenir mère, mais elle le cache à ses collègues.
En attendant, il faut qu'elle se rende à Bois-Sec pour vérifier si le signalement suspicieux reçu anonymement à la Protection de l'enfance est un canular ou doit être pris au sérieux. Ce signalement concerne Darwyne et sa mère Yolanda.
"Darwyne", c'est la rencontre entre l'enfant-forêt, l'enfant étrange et Mathurine. C'est un roman envahi par une nature particulièrement envoûtante, parfois accueillante, parfois hostile, elle contribue à rendre le suspens de l'histoire particulièrement intense. Colin Niel est doué aussi pour offrir au lecteur une photographie sociale de la Guyane très nette.

Alexia Stresi

J'ai Lu

Conseillé par (Libraire)
11 juillet 2024

Conseillé par Manon R., Stéphanie et rémy

Paris, 1935. Ce soir-là Verdi est à l'honneur à l'Opéra-Comique, "Rigoletto" est à l'affiche et les spectateurs se pressent pour s'installer dans la belle salle Favart. Vrais passionnés d'Opéra, élèves-ingénieurs, père de famille la tête farcies de soucis, princesse songeant à la réception qui suivra le spectacle, "vieux monsieur perclus d'arthrite, dont la femme pense au tricot dans son sac", le public est varié ce soir. Derrière un rideau, un jeune homme tremble, tandis que le directeur de l'Opéra est nerveux. Son entreprise est au bord de la faillite et il a dû relever bien des défis pour pouvoir monter "Rigoletto" ; les décors sortent du grenier et les artistes sont jeunes, surtout son baryton qui interprète le rôle titre, arrivera-t'il à entrer dans la peau de Rigoletto ? Il se doit d'être chavirant surtout à la fin de l'acte III. Ça y est ! "Une paume s'élève. L'autre s'écarte", le décor se dévoile. Le Duc de Mantoue entre en scène avec Borsa, un courtisan. Gheusi, le directeur, est à l'affut des réactions mais c'est étrange, la salle s'agite, les jumelles ne se dirigent pas au bon endroit, on cherche un nom écrit en petit sur le programme. Elio Leone a chanté, sa voix est un trésor, cela n'a échappé à personne. Mais qui est ce jeune prodige qui joue un si petit rôle ?
Alexia Stresi dévoile progressivement la vie d'Elio Leone en mêlant son enfance et son destin. Dès les premières lignes, grâce à une langue rythmée, elle nous enchante. Quel plaisir de se laisser embarquer de l'Italie à Haïti, en passant par Nantes, de suivre le destin extraordinaire d'un homme qui veut à tout prix rester ordinaire. Impossible de résister aux talents de romancière d'Alexia Stresi, elle sait raconter une histoire.

Sélim Nassib

Points

Conseillé par (Libraire)
11 juillet 2024

Conseillé par Stéphanie et Rémy

Trois dates, trois grands chapitres de vie composent "Le Tumulte" :
1956 - "L'âge d'homme"
1968 - "Avant la guerre"
1982 - "la fureur"
Youssef et Beyrouth sont au coeur de ces trois dates.
Avec la crise de Suez en arrière-plan, on découvre d'abord Youssef, un jeune adolescent fils d'un juif irakien et d'une juive syrienne : "Papa est né à Bagdad, sa famille vit à Londres, maman est née à Alep, elle ne rêve que de Paris ; il y a aussi ce pays mystérieux, Israël, qu'on désigne entre nous sous son nom de code, Eretz". A la maison Youssef parle français.
Au collège, ou plutôt à l'Alliance israélite universelle, il est fasciné par Fouad, fils du professeur d'arabe et seul musulman de l'école. Et puis il y a Rocco, un peu plus âgé que lui, Rocco l'agitateur. C'est l'âge des découvertes, des interdits, de l'appréhension de la complexité de cette ville multiple mais aussi de la complexité de l'intime à travers la sphère familiale.
Et puis vient 68 avec l'espoir d'un révolution, l'envie de bousculer les choses. Youssef et les personnages de son entourage adolescent ont grandi en empruntant des chemins variés. Ils se jettent parfois avec prudence, parfois à corps perdu dans cette période ponctuée par les grèves, les manifestations et l'espoir. Ce sera aussi le temps des désillusions, du frottement à la réalité, le temps des traumatismes.
Enfin, c'est l'invasion israélienne et la guerre. Youssef est désormais reporter et vit en France. Ses anciens amis vont lui faciliter le retour sur terrain.
Un roman passionnant, à hauteur d'homme, une magnifique façon de comprendre un peu mieux Beyrouth à travers différents destins.