Le Poisson mouillé, roman
EAN13
9782020962599
ISBN
978-2-02-096259-9
Éditeur
Seuil
Date de publication
Collection
Seuil policiers
Nombre de pages
564
Dimensions
22 x 14 x 3 cm
Poids
605 g
Langue
français
Langue d'origine
allemand
Code dewey
849
Fiches UNIMARC
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Le Poisson mouillé

roman

De

Traduit par

Seuil

Seuil policiers

Indisponible
Volker Kutscher

le poisson mouillé

Roman

traduit par

magali girault

Epreuves de lecture non corrigées. Usage réservé aux représentants Volumen

Parution : AVRIL 2010

éditions du seuil

I

Le cadavre du canal

28 avril - 10 mai 1929

1

Quand allaient-ils revenir ? Il tendit l’oreille. Dans l’obscurité, le moindre son se transformait en un vacarme infernal, le moindre chuchotement devenait un hurlement, même le silence résonnait dans ses oreilles. Un grondement et un bourdonnement permanents. La douleur le rendait à moitié fou, il devait se ressaisir. Il ne devait pas prêter attention au bruit des gouttes qui tombaient sur le sol dur et humide, aussi assourdissant soit-il. Il savait que c’était son propre sang qui coulait sur le béton.

Il n’avait aucune idée de l’endroit où ils l’avaient amené. Un endroit où personne ne pouvait l’entendre. Ses cris ne les avaient pas déstabilisés, ils les avaient prévus dans leur plan. Une cave, d’après lui. Ou bien un entrepôt ? En tout cas, une pièce sans fenêtre. Pas un seul rayon de lumière ne pénétrait à l’intérieur, à part une très faible lueur. Celle qui était restée gravée sur sa rétine depuis qu’il s’était tenu sur le pont, plongé dans ses pensées, et qu’il avait suivi du regard les lumières d’un train. Il avait pensé à leur plan, il avait pensé à elle. Puis le coup et l’obscurité totale. Une obscurité qui ne l’avait pas quitté depuis.

Il tremblait. Seules les cordes attachées autour de ses coudes le maintenaient en position verticale. Ses pieds ne le portaient pas, ils n’étaient plus là, ils n’étaient plus que douleur, tout comme ses mains qui ne pouvaient plus rien tenir. Il rassembla toute sa force dans ses bras et évita de toucher le sol. La corde frottait contre son corps, il était en nage.

Les images revenaient constamment, il ne réussissait pas à les repousser. Le lourd marteau. Sa main ligotée à la poutre métallique. Le bruit d’os qui se brisent. Ses os à lui. La douleur insupportable. Les cris qui s’étaient rapidement transformés en un seul et unique cri. L’évanouissement. Puis le réveil, lorsqu’il était sorti de la nuit sombre : les douleurs qui tiraillaient les extrémités de son corps. Mais elles n’avaient pas atteint le centre de celui-ci, il avait réussi à les tenir à l’écart.

Ils avaient essayé de l’appâter avec des drogues qui auraient calmé la douleur. C’était une stratégie pour le faire craquer, il avait eu du mal à ne pas céder. La langue familière avait elle aussi bien failli avoir raison de sa volonté. Mais les voix étaient plus dures que dans son souvenir. Beaucoup plus dures. Plus froides. Plus cruelles.

Svetlana parlait la même langue, mais sa voix à elle était si différente ! Elle promettait l’amour et confiait des secrets, elle avait été pour lui synonyme d’intimité et de serment. Elle avait même réussi à ressusciter la ville lumineuse. La ville qu’il avait quittée. Il n’avait jamais pu l’oublier, même lorsqu’il se trouvait dans un autre pays. Elle restait sa ville, une ville qui méritait un avenir meilleur. Et son pays lui aussi méritait un avenir meilleur.

Svetlana ne voulait-elle pas la même chose que lui ? Chasser les criminels qui s’étaient emparés là-bas du pouvoir. Il pensa à cette nuit blanche passée dans son lit à elle, une chaude nuit d’été qui lui semblait remonter à une éternité. Svetlana. Ils s’étaient aimés et ils s’étaient confié leurs secrets. Ils les avaient rassemblés pour n’en faire qu’un seul et pour se rapprocher un peu plus de leurs espérances.

Tout avait si bien fonctionné. Mais quelqu’un avait dû les trahir. Ils l’avaient kidnappé. Et Svetlana ? Si seulement il savait ce qu’elle était devenue. Leurs ennemis étaient partout.

Ils l’avaient amené dans cet endroit sombre. Il savait déjà ce qu’ils allaient lui demander avant même qu’ils n’ouvrent la bouche. Il avait répondu mais n’avait rien dévoilé. Ils ne s’en étaient même pas rendu compte. Ils étaient bêtes. La cupidité les rendait aveugles. Le train était déjà en route et il ne fallait pas qu’ils l’apprennent. Sous aucun prétexte. Le plan touchait presque à sa fin. Il avait fixé leurs yeux alors qu’ils s’apprêtaient à le frapper et il y avait vu la cupidité et la bêtise.

Le premier coup était toujours le pire. Ceux qui suivaient ne faisaient que répartir la douleur.

La certitude qu’il allait mourir l’avait rendu plus fort. Il pouvait ainsi supporter l’idée de ne plus jamais pouvoir marcher, écrire ou bien la toucher. Elle n’était plus qu’un souvenir, il devait l’accepter. Mais même ce souvenir, il ne le trahirait pas.

Sa veste. Il fallait qu’il arrive à attraper sa veste. Mais était-ce possible ? Il avait une capsule dans sa poche. Comme tous les porteurs d’un secret qui ne devait pas tomber dans les mains de l’ennemi. Mais il avait réagi trop tard, il n’avait pas remarqué qu’il était tombé dans un piège, sinon il aurait avalé la capsule depuis longtemps. Elle se trouvait toujours à l’intérieur de la doublure. Dans sa veste posée sur cette chaise dont il discernait tout juste les contours dans l’obscurité.

Ils ne l’avaient pas ligoté. Après lui avoir écrasé les mains et les pieds, ils s’étaient contentés de le suspendre à une corde afin de pouvoir s’occuper de lui une fois que la douleur l’aurait tiré de sa léthargie. Ils n’avaient pas laissé de gardien sur place tant ils étaient certains que personne n’entendrait ses cris. C’était sa dernière chance. Les effets de la drogue étaient en train de diminuer. La douleur deviendrait alors insupportable, à tel point qu’il perdrait de nouveau conscience s’il renonçait au soutien que lui procuraient les cordes. Pendant combien de temps ? Le fait de penser à la douleur à venir lui fit penser à la douleur déjà subie et de la sueur inonda son front.

Il n’avait pas le choix.

Maintenant !

Il serra les dents et ferma les yeux. Puis il tendit les deux bras, les libérant ainsi de la corde, et son corps tomba par terre. Les moignons qui avaient été par le passé ses pieds furent les premiers à toucher le sol. Il cria avant même que la partie supérieure de son corps ne rentre en contact avec le béton et que le choc ne rende la douleur aussi forte qu’auparavant, et ce jusque dans ses mains. Surtout, ne pas s’évanouir ! Crier mais rester conscient, ne pas perdre connaissance ! Son corps se recroquevilla sur le sol, sa respiration se fit haletante après que la douleur pulsative et lancinante ait légèrement diminué. Il avait réussi ! Il était allongé par terre, il pouvait bouger. Il rampa sur les coudes et les genoux, laissant des traces de sang dans son sillage.

Il atteignit rapidement la chaise et saisit sa veste avec sa bouche. Il se précipita sur le vêtement avec avidité. Il le plaça sous son coude droit et arracha la doublure à l’aide de ses dents. La douleur rendait ses gestes pour la mettre en lambeaux encore plus agressifs. Il finit par réussir à ouvrir la doublure qui se déchira bruyamment.

Il se mit soudain à sangloter sans retenue. Les souvenirs s’étaient emparés de lui, comme un félin qui s’empare de sa proie et la secoue. Il pensait à elle. Jamais il ne la reverrait. Il le savait depuis qu’ils l’avaient attiré dans ce piège, mais à présent il en prenait tout d’un coup cruellement conscience. Il l’aimait à la folie ! À la folie !

Peu à peu, il retrouva son calme. Il chercha la capsule avec la langue, il sentait le goût de la saleté et des fibres textiles, puis il reconnut enfin le matériau lisse et froid. Il libéra avec précaution la capsule de la doublure à l’aide de ses incisives. Il avait réussi ! Elle était dans sa bouche ! Elle allait mettre fin à tout ça ! Un sourire triomphal se dessina sur son visage tordu par la douleur.

Ils ne sauraient jamais rien. Ils allaient s’accuser mutuellement. C’étaient tous des imbéciles.

Il entendit une porte se refermer à l’étage. Le bruit se répandit dans l’obscurité comme un coup de tonnerre. Des bruits de pas sur le béton. Ils étaient de retour. L’avaient-ils entendu crier ? Ses dents étaient serrées sur la capsule, prêtes à mordre. Le moment était arrivé. Il pouvait mettre un terme à tout cela dès qu’il le souhaitait. Il attendit encore un peu. Il voulait qu’ils entrent. Il voulait savour...
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